Kosice compte de nombreuses friches industrielles dans sa banlieue. La municipalité a décidé de
profiter de l'événement « Kosice 2013 » pour réhabiliter plusieurs anciens bâtiments administratifs,
parmi lesquels la caserne militaire et les anciens chauffages collectifs que nous fait découvrir
Christian Potiron. Ce Français qui vit en Slovaquie depuis sept ans a immédiatement envoyé un CV
lorsque la ville a décroché le label de future capitale européenne de la culture. Ce trentenaire
est un spécialiste de la réappropriation de l'espace public, profil plutôt atypique, intellectuel
les mains dans le cambouis. « Si les touristes ne viennent que pour visiter le beau centre ville,
c'est perdu d'avance ». La mission de Christian Potiron (que l'on prononce « potirone » en slovaque)
se concentre donc sur ces lieux considérés comme des symboles de l'idéologie et de la mainmise de
régimes communistes qui se sont succédés à Prague, à l'époque de la Tchécoslovaquie. Mission...
délicate.
Le soir de notre arrivée, nous nous dirigeons directement vers la caserne militaire pour une
visite de nuit. La caserne va devenir le quartier général, le « PC » de l'organisation des
festivités de Kosice 2013. Le gardien est un ancien policier. Malheureusement pour nous, il a
mis sous scellés sa carrière d'avant 1989. Le micro ne l'effraie pas mais il ne nous dit rien
ou presque... Il se contente de mimer un nœud de cravate bien serré pour signifier qu'avant
régnait l'ordre, qu'à l'époque les choses étaient bien tenues...
Extrait sonore du premier entretien dans le camping-car avec Christian Potiron puis dans la caserne avec le gardien
Deuxième rendez-vous le lendemain matin avec notre « Monsieur french friche » de Kosice, dans le
quartier de la mairie. Contrairement au vieux centre ville, ici tout est carré. Dans les tours
avoisinantes, le système de chauffage a bien évolué et ne nécessite plus beaucoup de place dans
les anciennes chauffageries municipales, que les animateurs de Kosice 2013 aimeraient bien voir
transformées en mini MJC à la française.

Extrait sonore du deuxième entretien avec Christian Potiron près d'une future MJC slovaque
« J'étais pour la révolution mais je me suis trompé... »
Gare de Kosice. Un énorme cube d'architecture stalinienne. La Mairie prévoirait sa rénovation prochaine...
Nous avons rendez-vous dans le hall de départ avec Julian, un cheminot proche de la retraite. Ce responsable
de l'aiguillage est en partance pour le week-end, avec sa femme, en direction de son petit chalet de
montagne dans le Haut Tatras slovaque, à une heure de là. Ce que nous dit le cheminot nous semble symptomatique
d'une attitude assez largement répandue chez les Européens de l'Est : il n'a jamais été soviétophile, il a
manifesté après la chute du mur, lors de ladite révolution de velours, mais il s'est depuis découvert une
vocation de grand critique de l'individualisme capitaliste à la mode slovaque.
Extrait sonore de Julian le cheminot qui a soutenu la révolution de velours en Tchécoslovaquie... et qui s'en veut
Le vieux train qui doit l'emmener ne démarre pas. On change la micheline, puis un wagon, puis deux... un grand moment de flottement pour la SNCF slovaque : « j'ai demandé à mes collègues de vous montrer que ça ne marche pas mieux qu'il y a 20 ans ! », ironise-t-il. Le petit train démarre avec 25 minutes de retard.
Au début des années 90, les étudiants slovaques de Kosice n'avaient pas trop le choix s'ils
voulaient faire des études supérieures et trouver un travail. Nombreux sont ceux qui ont dû
aller voir ailleurs.
Une quinzaine d'années plus tard, les anciens étudiants reviennent en masse au pays.
Nostalgie, fatigue d''être des travailleurs relativement pauvres à l'étranger, sans compter
qu'aujourd'hui la Slovaquie est devenue le petit tigre économique d'Europe centrale. C'est
l'expérience qu'a vécue ce jeune couple avec qui nous partageons un petit déjeuner dans la
rue Hlavna, près de la cathédrale Saint Elizabeth, dans un vieux et magnifique quartier du
centre ville. Matush, originaire de Bratislava, et Kamila, née à Kosice, se sont connus à
Paris avant d'aller s'installer au Canada. La Slovaquie leur manquait vraiment trop. Leur
employeur n'a pas encore été prévenu. « Pas de photos merci, on est là incognito pour chercher
un appartement ! ».
Extrait sonore d'un retour au pays programmé, 15 ans après un premier exil pour des études