C'est l'un des bâtisseurs de la ville et aussi futur démolisseur de la centrale, grand
spécialiste du béton armé donc, qui nous conte son aventure au pays de l'atome civil
socialiste. Romas Savicius n'est pas encore à la retraite, il n'est pas russe non plus
contrairement à pas mal de ses collègues et à la majorité des habitants de Visaginas.
Depuis deux ans, il prépare la destruction finale des deux blocs de la centrale. Le
fonctionnement de l'un d'eux est déjà stoppé. Le chantier est gigantesque : il faudra
démanteler le cœur des deux vieux réacteurs, récupérer et stocker les déchets radioactifs,
un processus qui n'est pas encore réglé et qui prendra dans tous les cas de longues années.
Une nouvelle centrale nucléaire devrait être créée dans la ville, en remplacement.
Les souvenirs qu'a Romas de 1989 ont tout du cauchemar professionnel. Trois ans après la
catastrophe de Tchernobyl, les ouvriers et les ingénieurs du bâtiment de Visaginas ont dû
stopper la construction pourtant déjà très avancée du troisième bloc de la centrale. Pression
des organisations écologistes, changements politiques majeurs en Europe... ils durent tout
casser, faire chuter les murs d'enceinte. Normes de sécurité revues à la hausse et fin de la
technologie nucléaire soviétique.

Extrait de l'entretien avec un démolisseur en chef de murs radioactifs
Romas se souvient qu'un jour, avant 1989, on a voulu le récompenser d'une médaille pour sa grande contribution à l'édification de la ville et de la centrale. Mais les responsables politiques de la région se sont rendu compte qu'il n'était pas membre du Parti Communiste. Romas Savicius n'a jamais reçu sa décoration.
Darius non plus n'a jamais eu de médaille du mérite. Le 9 novembre 1989, il se trouvait à Vilnius, dans la capitale lituanienne. Il avait 19 ans, il était étudiant en architecture et ne garde pas de souvenir précis de cette journée-là. Il nous parle des deux années qui ont suivi et qui ont mené son pays sur le chemin de l'indépendance. Il revoit les images très fortes de chaînes humaines organisées entre Vilnius et Tallin, la capitale estonienne. Il se rappelle des rassemblements dissidents auxquels il a participé dans le parc Vingi. 20 ans après la chute de l'empire soviétique, Darius estime qu'il fait partie de la dernière génération marquée au fer rouge et que cet héritage se voit et s'entend dans ses attitudes et sa prise de parole, dès qu'il est en groupe.
Extrait sonore qui commence par une brève psychanalyse du « caractère » lituanien des plus de 35 ans
Lituanie, Lettonie, Estonie, les pays Baltes offrent encore une panoplie architecturale de la « période CCCP ».